Premier Sortilège

Premier Sortilège

Haute Couture Automne Hiver 2019/2020

Mardi 2. juillet 2019, défilé

À l’occasion du dixième anniversaire de sa Maison, Julien Fournié rend hommage aux femmes qui dérogent, transforment, transcendent les codes dans lesquels on a voulu enfermer leur sexe dans sa nouvelle collection de Haute Couture. Depuis la nuit des temps, c’est sur elles que s’est abattu le plus terrible sortilège.

Guérisseuses, alchimistes ou savantes, dès lors qu’elles pouvaient s’affranchir des balises que les sociétés patriarcales leur imposaient, on les taxait de maléfiques, on les accusait de sorcellerie, jusqu’au bûcher. « J’ai toujours trouvé les sorcières plus stimulantes que répulsives, » confie Julien Fournié. « Les femmes que l’on traite de telles cultivent l’indépendance, possèdent le sens de l’aventure et stimulent l’imagination, en ouvrant sur un monde magique. »

Maîtrisant tous les arcanes de la coupe, le couturier français modernise en diaboliques beautés les silhouettes mythiques des magiciennes, des empoisonneuses, des héroïnes de romans gothiques ou des stars de films noirs. Cols montants, plastrons brodés sur chemisiers en mousseline plissée s’associent à de longues jupes.

La coupe des vestes, des manteaux et des robes trompe-l’œil de manteau, emprunte au vocabulaire militaire sa rigueur. L’autorité d’une carrure renforcée et de boutonnages apparents sur le haut, laisse le tissu se déployer sous la taille dans les plis de basques arrière ou ajouter de l’ampleur à la marche dans les pièces qui descendent à la cheville. Ailleurs, une veste en fourrure de fils dégradés mixe les franges aux fils hérissés pour accentuer le caractère animal. Assouplis à souhait, les cuirs précieux (python, alligator) sculptent les bustes et les tailles en noir ou en bleu nuit… à moins qu’ils ne les ceignent d’un dégradé d’écailles aux tons d’aurore boréale.

Corbeaux et autres oiseaux de malheur sont convoqués sur les coiffes, bonnet, capeline, via des plumes brodées, et même tissées, dans une version du sac iconique de la Maison de Haute Couture. La salomé signature s’orne pour la saison d’un motif de diadème sur son embout.

« Haute Couture et magie partagent un goût de l’expérience accumulée et du tour de main que les savoirs officiels mésestiment ou répriment, » déclare Julien Fournié. « Je suis persuadé qu’allier l’empirique et l’innovant constitue la meilleure voie pour sauver la nature, l’humanité, et changer le monde afin que la libre exultation des esprits et des corps ne se retrouve plus jamais associée à un sabbat infernal. »