Chapitre 27 — Les secrets d’un modèle Haute Couture
La broderie Haute Couture est ce qui distingue une robe de défilé de toute autre robe : un travail à la main, en relief, pensé pour un seul corps. La Robe Kraken de la collection First Misfits de la Maison Julien Fournié en est la démonstration : quatre mois et demi de travail, des tentacules brodés en trois dimensions à base de pierres de jais, montés sur un tulle nude et une jupe fourreau en grain de poudre de laine sèche noire. Une créature qui enserre le corps pour en souligner chaque courbe.
Robe fourreau Haute Couture « Kraken » à top en tulle nude et laine noire, piratée de broderies 3D tentacules de jais
- Comment la Robe Haute Couture Kraken a-t-elle été imaginée ?
- Quels matériaux la composent ?
- Comment ont été conçues les broderies tentacules ?
- Pourquoi des pierres de jais ?
- Combien de temps a duré sa fabrication ?
- Qui l’a portée sur le podium ?
Les secrets d’un modèle Haute Couture : la robe Kraken de First Misfits
Le Kraken de cette robe n’attaque pas. Il absorbe. Il monte le long du corps, l’entoure, l’épouse, et à mesure qu’il l’enserre il en révèle la ligne. C’est là tout le sujet : une créature dont l’étreinte ne menace rien et dessine tout. Les tentacules ne recouvrent pas la femme, ils la soulignent.
Un monstre venu du Nord
Le Kraken n’est pas grec. Il vient des mers froides, des sagas scandinaves et des récits de marins norvégiens qui, au XVIIIe siècle encore, juraient avoir vu une île bouger. C’est une créature de brume et de rumeur : personne ne l’a jamais décrite deux fois pareil. C’est exactement ce qui m’intéresse dans un vêtement. Une silhouette qu’on ne peut pas résumer d’un seul regard, dont on découvre les bras un par un en tournant autour.
Et des voix venues de la Méditerranée
Les sirènes, elles, sont de l’autre bout du monde. Elles chantent au chant XII de l’Odyssée, et Ulysse se fait attacher au mât pour les entendre sans se perdre. Juste après, dans le même chant, il croise Scylla et ses six cous. Homère avait donc déjà écrit la créature aux bras multiples, mille ans avant que le Nord ne lui donne un nom. J’ai croisé les deux mythologies parce qu’elles disent la même chose : on s’approche de ce qui fascine, et l’on s’en approche en connaissance de cause.
La ligne, l’Art nouveau, Erté
Le tracé, lui, ne vient pas de la mer mais du dessin. Je suis parti de l’Art nouveau, de ses arabesques, de ses lianes qui refusent l’angle droit, et surtout des illustrations d’Erté — ces femmes cernées d’un trait noir continu qui court du poignet à la cheville sans jamais s’interrompre. Un tentacule, au fond, c’est cette ligne-là. La courbe qui n’a ni début ni fin, et qui suit le corps au lieu de le contredire.
La nudité comme appel
Le buste est en tulle nude. À distance, sur le podium, on ne le voit pas. On croit voir la peau. Toute la difficulté d’un tulle nude en Haute Couture est là : il ne doit pas ressembler à un tulle chair de justaucorps. Il faut qu’il disparaisse. Les coutures sont faites pour ne pas exister, les emmanchures suivent l’anatomie. Sur cette peau supposée, la créature peut alors s’inscrire comme un dessin à même le corps.
Les tentacules et leurs âmes
Les broderies ont été conçues avec un effet 3D pour que la robe enserre le corps. Elles ne sont pas plaquées sur le tissu : elles s’en détachent, s’enroulent autour du bras, redescendent le long du dos, et certaines quittent le vêtement pour pendre dans le vide et bouger quand la femme marche. Pour obtenir ce relief, la maison de broderie Amman a glissé des âmes à l’intérieur de certaines broderies — un cœur logé sous le point, qui donne au tentacule son galbe et sa tenue. Le mot est celui du métier, et il tombe bien : la créature a une âme, littéralement, sous la main du brodeur.
Le tracé n’est jamais symétrique. Un Kraken ne s’organise pas. Les bras montent d’un côté, enjambent le buste, en épousent une hanche, épargnent l’autre. C’est une étreinte, pas un motif répété.
Le jais, pierre de protection
Les broderies sont faites à base de pierres de jais. Ce n’est pas un choix décoratif. Le jais est supposé être une pierre de protection : on lui prête depuis toujours la faculté d’absorber les mauvaises énergies, de les retenir. Toute la robe est donc bâtie dans cette matière-là. La créature qu’on croit inquiétante est en réalité une armure — ce qui enserre la femme est aussi ce qui la protège.
L’œil qui ne dort jamais
Sur la hanche, un seul point clair dans toute la silhouette. Ce n’est pas un bijou, ce n’est pas un ornement : c’est l’œil du Kraken, et il ne dort jamais. Il fallait qu’il soit placé là, à hauteur de main, à l’endroit exact où le regard s’arrête quand la femme s’immobilise. Le reste de la robe est en mouvement ; l’œil, lui, fixe.
Le grain de poudre et la mer profonde
Sous la ceinture, la jupe fourreau est en grain de poudre de laine sèche — une étoffe mate, serrée, au grain minéral, qui tombe droit et refuse la lumière. Le contraste est voulu : en haut le tulle qui s’efface, en bas la matière qui tient. Ce noir-là, c’est la mer profonde. Rien d’autre. La robe se resserre sur la jambe puis s’ouvre au sol, comme une nageoire caudale — c’est le seul moment où je laisse la sirène reprendre la main sur la créature.
Les tentacules descendent jusque-là. Ils traversent la ceinture, s’écrivent en jais sur la laine noire, et l’on ne les voit qu’en biais, quand la lumière rase le tissu. Il fallait cette discrétion : une robe entièrement brodée n’aurait plus rien raconté.
Le mot « piratée »
Dans la collection, le mot revient : piraté. First Misfits est une histoire de flibuste, de tatouages, de signes empruntés et détournés — c’est aussi ce qui a donné le sac Pirate. Cette robe est piratée au sens du dessin : une créature s’est écrite dessus, comme un tatouage qui aurait pris toute la place.
Alex Mart
C’est Alex Mart qui l’a portée. Elle travaille avec la Maison depuis plus de dix ans : une muse, et une amie. Une robe pareille ne se confie pas à la première venue — il faut quelqu’un qui sache ce que la créature demande, et qui la porte plutôt que d’être portée par elle.
Julien Fournié




Les secrets de la robe Kraken
Comment la Robe Haute Couture Kraken a-t-elle été imaginée ?
Julien Fournié a conçu ce vingt-sixième look de la collection First Misfits en croisant deux mythologies marines — le Kraken des sagas scandinaves et les créatures de la mer d’Homère, les sirènes du chant XII de l’Odyssée et Scylla aux bras multiples — avec une source graphique : l’Art nouveau et les illustrations d’Erté, dont le trait noir continu enveloppe le corps sans jamais s’interrompre. Le principe de la robe en découle : une créature qui absorbe la femme et souligne ses courbes au lieu de les masquer.
Quels matériaux composent la Robe Haute Couture Kraken ?
Le buste est en tulle nude, qui donne l’illusion de la peau nue, monté sur une jupe fourreau en grain de poudre de laine sèche noire, mate et serrée. L’ensemble est brodé de tentacules en relief à base de pierres de jais, prolongés de cordons libres, et ponctué sur la hanche de l’œil du Kraken, seul point clair de la silhouette.
Comment ont été conçues les broderies tentacules ?
Les broderies ont été conçues avec un effet 3D pour que la robe enserre le corps. Contrairement à une broderie plate, le tentacule est bâti en volume : j’ai demandé à la maison de broderie Amman de glisser des âmes à l’intérieur de certaines broderies pour leur donner galbe et tenue, et plusieurs segments ne sont fixés qu’à une extrémité afin de rester mobiles. C’est ce relief qui donne, en marchant, l’impression que la créature se resserre sur le corps.
Pourquoi des pierres de jais ?
Le jais est traditionnellement considéré comme une pierre de protection, à laquelle on prête la faculté d’absorber les mauvaises énergies. Le choix n’est donc pas seulement esthétique : la créature qui enserre la femme est aussi ce qui la protège.
Combien de temps a demandé sa fabrication ?
Quatre mois et demi au total. Un mois et demi de recherche et de développement créatif pour dessiner les motifs exacts, deux mois de travail chez le brodeur Amman pour réaliser les différentes parties de la robe, puis un mois de montage entièrement à la main, au fur et à mesure des essayages et des modifications nécessaires.
Qui a porté la robe Kraken sur le podium ?
Alex Mart, mannequin fidèle de la Maison depuis plus de dix ans, muse et amie de Julien Fournié, lors du défilé de la collection Haute Couture First Misfits à Paris.
À quelle collection appartient la robe Kraken ?
À la collection Haute Couture First Misfits de la Maison Julien Fournié, maison parisienne titulaire de l’appellation officielle Haute Couture depuis 2017, un label protégé par le Ministère français de l’Industrie et la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, réservé à une douzaine de maisons dans le monde.
D’autres secrets
- La robe Feu d’artifice — First Misfits
- Dark Mermaid — une sirène des profondeurs
- Michaela à l’opéra — la robe sirène de First Light
- La robe Samouraï — First Circus

Les défilés haute couture

Les sacs et les accessoires
A propos de Julien Fournié Haute Couture
La Maison Julien Fournié est plus qu’une marque de mode, c’est une expérience de luxe qui transcende les tendances et les saisons. Avec son engagement pour l’excellence et l’innovation, Julien Fournié continue de redéfinir le monde de l’ultra-luxe.
Fondée en 2009, la Maison Julien Fournié incarne l’excellence et l’audace d’une haute couture contemporaine, enracinée dans la tradition parisienne.
Son histoire s’égrène au fil de collections dévoilées deux fois par an, en janvier et juillet, lors de la Semaine de la Haute Couture à Paris, révélant une vision singulière et novatrice du vêtement d’exception.
Dès sa première collection, le jeune créateur reçoit le Grand Prix de la Créativité décerné par la Ville de Paris en janvier 2010, consacrant son talent naissant.
En janvier 2011, à l’occasion de sa quatrième collection, Julien Fournié est nommé « membre invité » du calendrier officiel de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode — une reconnaissance précoce qui le place parmi les maisons les plus prometteuses du cercle restreint des grands couturiers.
En janvier 2017, la Maison Julien Fournié accède au statut officiel de « Haute Couture », un label protégé par le Ministère français de l’Industrie et réservé à une poignée de maisons prestigieuses.
En avril 2023, la première rétrospective consacrée à l’œuvre de Julien Fournié est présentée à la SCAD Lacoste, sous le titre évocateur « Haute Couture, un point c’est tout », saluant une décennie de création visionnaire.
Fidèle à l’esprit de la Haute Couture tout en embrassant les innovations de son temps, Julien Fournié initie des collaborations audacieuses avec des géants de la technologie tels qu’Apple et Tencent. Il imagine un nouveau processus créatif où les clientes ne sont plus simples spectatrices, mais deviennent les co-créatrices d’une expérience couture immersive, quel que soit leur lieu de vie.
Depuis décembre 2020, la Maison propose une ligne de sacs et d’accessoires de luxe. Initialement réservés aux défilés et aux clientes privilégiées, ces pièces emblématiques sont désormais accessibles à une clientèle en quête de distinction et de rareté.
Titulaire de l’appellation officielle Haute Couture depuis 2017, la Maison habille régulièrement célébrités et personnalités sur les tapis rouges.

